Marathon heureux

Un marathon, s’il doit avoir un sens, doit être heureux. Sinon pourquoi des dizaines de milliers de gens courraient-ils quarante-deux kilomètres?

Haruki Murakami

Nous y voilà, le Marathon de Bordeaux est passé mais l’émotion, l’euphorie est encore là… Je vois la médaille et je souris et je me dis WHAT A BADASS, I’M A MARATHONER, BITCH! Comme 1% de la population, seulement ! J’en deviens vulgaire… Est-ce que votre premier marathon vous a fait le même effet ?

Dimanche matin, était-ce déjà dimanche ? en franchissant la ligne d’arrivée, j’ai eu l’envie d’être un pirate, plus une princesse mais un vrai pirate tatoué qui a franchi les mers, bois du rhum et crache par terre !! Mais je retrouve mon amoureux et je tremble : j’ai réussi !!!

Mais ouuuuch qu’est-ce que ça a été difficile !! Terrible !!!

marathon de bordeaux 2015

Mais assez parlé de moi pour le moment : félicitations à toutes celles et tous ceux qui ont eu le courage de s’inscrire, s’élancer, se lancer, s’arrêter, poursuivre, se battre, s’accrocher, tenir jusqu’au bout, lâcher prise, encourager, supporter, soutenir… les coureurs de Bordeaux Charity Running et les autres !!! Bravo à tous, et merci d’avoir choisi de courir avec votre cœur pour Bordeaux Charity Running avec la Ligue contre le Cancer comité Gironde. Pour les malades, pour leurs famille, pour la Ligue, Merci !!!!

Body – Young the giant   
My body is telling me to stop but I won’t quit cos I want more…

Je veux plus de ces encouragements, plus de ces endorphines, plus de cette énergie donnée par la foule, plus de frappes dans les mains, plus de ces gens hurlant mon nom, plus de ces bisous mouillés, plus de cette sensation d’être invincible… J’ai dû être une rockstar un jour.

Defying gravity – Wicked 
I’m flying, I’m defying gravity…

Mais d’où est venue cette angoisse de ne pas finir, le manque d’envie final ? Trop de pluie, trop de fatigue, trop d’eau trop froide et de gels mal digérés, trop de boues de ces châteaux…?

Envie de commencer un blog, raconter les semaines qui viennent de passer… 16 semaines à courir sans arrêt, à penser, dormir, manger avec un objectif. Cet appétit coupé, ce corps transformé… Certes je n’ai toujours pas, je n’aurai jamais, les jambes de Gisele B. mais je suis MARATHONIENNE et plus rapide que Pamela Anderson. Hier j’ai fait un bisou à mes cuisses endolories. Les pauvres. Je n’ai qu’une brûlure à l’intérieur de la cuisse droite, le reste j’ai géré… Mais ma tête a failli craquer ? Comment ? Après ces 4 mois d’entraînement, ces longues sorties sous la pluie, la neige, le froid, le vent… Cette magnifique sortie longue un dimanche dans la forêt de Soignes, ou le dimanche avant la course sur les quais de Bordeaux avec BCR…

Who run the world? Girls! – Beyoncé  
My persuasion can build a nation – Endless power

Trouver de l’énergie dans les playlists. Rire en regardant passer les chiens (la mamie qui dit à son chien : “mais t’es bête ou quoi ?”) ou les petits enfants. Inventer des jeux. Courir un semi-marathon tous les weekends. 45 ou 50 km chaque semaine. Expliquer que toute cette énergie dépensée c’est ma méditation, j’en ai besoin pour mon équilibre mental. Avoir le sentiment d’être un hamster quand je tourne en rond dans un parc. Ou un tigre les jours de repos forcé. Se lancer dans une étude ethno-sociologique de la salle de gym. Entendre à la salle « je prends mes écouteurs pour faire beau ». Observer les gens utiliser plus ou moins bien (ah, la fille en pyjama à 15km/h) les treadmills et autres machines. Dévorer tous les jours des blogs, ou bien Runners’ world, Zelle, Runners’ world Australia, Running pour Elles et autres. Transpirer. Tester. Pester. Inventer des douleurs et des maladies. Finalement être prête le jour J. Et ces sourires !

First aid kit – Walk unafraid
I’ll trip, fall, pick myself up and Walk unafraid I’ll be clumsy instead Hold my love or leave me high

photo (5).JPG

J’ai couru 550 km pour m’entraîner. POUR M’ENTRAINER ! C’est la distance Bordeaux-Paris… Pas en une seule fois, merci… Et ces 42 kms dans la boue, sous la pluie, sur le bitume… Une belle revanche sur l’épreuve du bac. Une belle revanche sur ceux qui ont un jour osé me dire d’un air dédaigneux que je n’étais pas sportive. 26.2, le Mont Blanc du Sportif. L’épreuve reine.

America – Razorlight 

Dont stand me up Don’t let me down I need you tonight To hold me, say you’ll be here.

42 km!

L’attente : sous la pluie. J’ai laissé mon poncho à François, une dernière banane au chaud chez Dorothée et Vincenzo, je rentre dans le sas 4h30 avec Kristin et on attend. Certains se soulagent au bord de la route, nous on joue à se cacher dans un poncho. Un type me donne un coup dans le genou, j’obtiens un bisou, non mais ho !

Dans le bus, je me suis vraiment amusée. Le chauffeur me trouvait bien cachée dans mon poncho, ensuite j’ai fait la tortue en me cachant complètement… ce n’était plus le moment de stresser. De toute façon, finalement, dès que je suis arrivée à Bordeaux vendredi, le stress n’était plus là. J’allais courir avec Kristin et c’est parti mon Kiki!

Staying alive – Bee Gees 

Feel the city breakin’ and everybody shakin’, And we’re stayin’ alive, stayin’ alive.

0-10 km

Premiers km trop rapide, je ne les vois pas passer. Le nouveau pont franchi, l’ongle de mon orteil commence à piquer : pourquoi ? Je n’ai jamais mal à cet endroit !!! Tiens une copine de BCR ! Salut Floriane ! C’est son premier marathon !! Elle a de grandes jambes !! J’ai vu plus tard qu’elle avait fini quelques minutes avant moi. Premier ravitaillement, j’enlève et remet ma chaussure. La douleur disparaît.Marine happy

Quelle foule cours Victor Hugo ! Je n’avais jamais vu ça à Bordeaux ! Je ne m’habitue pas à ce « Marine Marine! » scandé par la foule. J’espère que ce sera moi et personne d’autre…

Et hop, un photographe ! Quel sourire ! Le résultat est magnifique !

A part un tronçon dans le noir du côté de l’hôpital, Je ne vois pas passer les km jusqu’au ravitaillement du 10e. Je sais que la Cousine Monique est là je lui fais un bisou collant, elle sent bon, on commence tous à sentir mauvais. Kristin laisse son poncho, je fais bientôt tomber le coupe pluie/vent… Il ne pleut plus.

Run – Basia Bulat

Keep running back to me

10-semi

Les kilomètres filent. Pas de douleur ni de doutes, mais la boue et le manque de lumière dans le premier château perturbe ma concentration. Un malotru m’a aspergée de boue en passant, sympa, je finirai le marathon la jambe gauche couverte de boue! Ensuite il a fallu slalomer entre les flaques, les pieds de vignes et les coureurs… c’est le moment où la solidarité est la plus perceptible. Petites chenilles dans la nuit, si l’un d’entre nous glisse et tombe, le reste pourrait suivre… Mais heureusement aucune catastrophe n’arrive.

On sort de ces châteaux (le premier, le second ?) et on doit courir sur un trottoir étroit. Je continue de faire la conversation à mes voisins. Tranquille la Marine… La ligne des 21 est franchie, les marathoniens “relais” nous quittent. Ils étaient plutôt sympas. En y réfléchissant, je crois que c’est à ce moment-là que la masse a commencé à véritablement se défaire, les très rapides étaient déjà presque arrivés. J’ai franchi la ligne du semi en 2h15, je crois.

Tougher than the rest – Bruce Springsteen   

If you’re rough enough for love, Baby I’m tougher than the rest

22-30 km

Les kilomètres défilent, c’est le retour en ville, pas une mauvaise chose car la campagne commençait à m’ennuyer. En plus il n’y avait pas vraiment d’animations, de concert ni de barbecue, dommage. L’ambiance semble un peu éteinte.

photo.JPGUne fois les boulevards franchis, les premières rues semblent tellement calme, on dirait qu’un ouragan est passé. Plus grand monde… Je sens mon téléphone vibrer, Cosimo sera au Connemara au 28e km. Je le retrouve tout sourire, Papa également, les yeux brillants : je crois qu’ils ont trop bu!! Détour autour de la poste de Meriadeck, j’ai l’impression mourir de soif, bien que j’ai fait le plein à chaque ravitaillement. De toute façon, je me dis, j’ai déjà fait plus de km que je n’avais jamais fait auparavant ! Je panique, je ne respire plus !!! Mais Kristin m’encourage et me chante des chansons : « non tu n’as pas besoin de boire!!” Et effectivement je tiens jusqu’à la place des Martyrs de la Résistance, où j’aurais dit à Cosimo “je n’en peux plus”. Des faux plats, je n’en peux plus, j’ai soif… Je remplis ma gourde, un bisou et ça repart. « there’s a place for us... »

 Roar – Katy Perry  

 I got the eye of the tiger, the fire, and I am a champion and you’re gonna hear me ROAR!

 31-42 km

On dit que le marathon commence au 30e … je pars en roue libre, j’ai mal mais marcher est encore plus  douloureux. Au 32, je m’arrête aux toilettes, indispensable… Je croise un copain de BCR, une bise et ça  repart. Il n’y a plus grand monde. Le jardin public est glacé, humide, pas éclairé, j’ai l’impression de courir après des zombies. On entend les clameurs au loin, de plus en plus de voitures franchissent notre passage, et je compte les km avant la fin : 7 km, je peux y arriver !!! La douleur est forte, mais c’est tellement difficile, où trouver l’énergie ? Je suis épuisée. Je suis en roue libre, mon inertie me porte, je ne sens plus rien. Les gels ne passent plus, j’ai la nausée, tout ce sucre me dégoûte.

Enfin, les Chartrons, puis les quais, c’est beau, plein de coureurs médaillés s’avancent vers nous pour nous encourager. Le Grand Théâtre, Cosimo n’est pas loin, au 40e km, on y est passé dans la journée… Rue Porte Dijeaux, Mollat, j’aperçois la vitrine où il y a des baleines : elles sont là !!! 2 km, tu peux le faire ! Et surprise, de nouveau Cosimo !!! Si fier ! Papa, Maman, si fiers !!

26422792.jpgArrive la porte Cailhau, je ne me souviens pas comment je suis arrivée là !!! Les derniers km. “Allez les filles”! Kristin me prend par la main. Il fait nuit noire, j’ai froid, mais on aura les plus beaux sourire du monde à l’arrivée !!!

Don’t stop me now – Queen  

Don’t stop me now, I’m having a good time!

L’arrivée

Cosimo est juste à l’arrivée, je saute dans ses bras, il a réussi ! J’ai réussi! Je suis marathonienne !!! “à gauche pour les médailles”… Il ne reste plus grand monde. Au ravitaillement il n’y a presque plus rien non plus, des bouts de banane, j’ai toujours la nausée. Je tremble comme une feuille, je m’habille, rien n’y fait. On repart, papa ne comprend pas qu’on soit si lents… François écrit: 3h30 et il a été malade, parcours pas facile. Je suis d’accord. Faux plats de merde, pas de vraies descentes…

Pearl Jam – Alive  

I’m still alive she says – do I deserve to be?

En arrivant à la maison, j’ai surtout froid, pas du tout faim, mais il faut manger… Mes jambes me font trop mal, je finis par les allonger contre le mur. Mon corps est tellement endolori que je n’arrive pas à me retourner. Le sommeil tarde à venir… Il vient. Je me réveille, je suis encore marathonienne.

Leaving new york, REM  

You might have laughed if I told you… 

image.jpeg

Quand est-ce qu’on recommence ?

Aujourd’hui j’ai le marathon blues, je me demande quel nouvel objectif me fixer. Je vois des coureurs et j’ai envie de les rejoindre. Quand est-ce qu’on recommence ?

Encore félicitations à tous : François, Vincenzo, Kristin, Christophe, Valéry, Floriane, David, Marie, Clémentine, Marianne, Denis, Arthur, Audrey…

Run with your heart!!!

Et vous, qu’en avez-vous pensez de ce marathon ? Quels souvenirs gardez-vous de vos premiers marathons (ou autre d’ailleurs) ?

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