Le Porteur d’Eau, où quand la petite reine occupe le devant de la scène

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une autre de mes grandes passions, le théâtre. Il y a quelques jours, je suis allée voir une pièce qui m’a enchantée, drôle et émouvante: Le Porteur d’Eau, de et avec Denis Laujol, au théâtre du Public.

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crédit marie aurore

J’ai découvert le théâtre comme d’autres découvrent le football, ou le cyclisme d’ailleurs : en plein été, en famille, alors que la ville était à la fête et que le tonnerre n’était pas que les fait des applaudissements. C’était mon tout premier Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat.


Je me souviens de ce Scapin, je devais avoir 6 ans, nous emmenant tous sur une galère turque, léger et virevoltant. La pièce était jouée en plein air, et la pluie ce soir-là l’a rattrapée. Le lendemain, nous avons eu droit à un second soir de pur bonheur, à couvert, cette fois.

A la rentrée suivante, j’ai supplié mes parents de m’inscrire à mon tout premier cours, et j’ai découvert les personnages de la commedia dell’arte au travers d’une école de comédie musicale située tout en haut d’un immense escalier en colimaçon, perchée en haut d’un immeuble dont les fondations devaient dater de l’époque gallo-romaine. Bien qu’étant dans un quartier à l’époque douteux, cette école était très bien fréquentée, chacun espérant secrètement qu’un un jour son enfant percerait à Broadway, ou qu’au moins les talents de l’enfants seraient utiles lors de ses futures plaidoiries, ou au moment de faire un discours devant une assemblée générale de 10.000 actionnaires. Pas besoin que je vous donne le nom, elle n’existe plus depuis longtemps, et cela fait au moins 15 ans qu’on ne considère plus ces quartiers de Bordeaux comme des endroits mal famés… Bref, je me suis bien amusée, et j’ai joué de nombreuses années sur les scènes bordelaises les plus prisées.

Ensuite, j’ai découvert l’improvisation, et le plaisir de jouer pour jouer, d’exprimer toutes les palettes de ma petite personnalité d’adolescente, loin de la performance et de la compétition, au milieu de la verdure… Ce qui m’a certainement permis de devenir celle que je suis aujourd’hui.


A 16 ans, premier petit job, je passe un mois et demi à m’activer bénévolement pour le Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat, à trinquer joyeusement avec les comédiens et metteurs en scène. Je découvre tous les soirs que le théâtre me fait voir bien plus qu’un artefact de la vie: non, le théâtre c’est la vie, en mieux ou en pire, on peut en sortir d’une pièce secoué mais on devient toujours quelqu’un de meilleur. Peut-être que je prendrais le temps d’élaborer cet été, puisque après plusieurs années je reviens enfin à Sarlat, chez moi, au bon moment. Difficile d’avoir plusieurs ports d’attache quand tous sont si beaux et si différents…


Pour en revenir à mon cycliste, je me suis penchée vers cette oeuvre un peu par hasard, me disant qu’elle serait susceptible à mon amoureux qui aime bien le cyclisme et le théâtre, mais qui parfois a du mal avec des sujets ou comédiens trop bavards (pour avoir essayé moi aussi, lorsqu’il ne s’agit pas de sa langue maternelle, le sentiment de proximité avec l’oeuvre est indispensable pour éviter de décrocher trop vite).

Voilà ce que nous promettaient les organisateurs:

Un jour, grâce à Lorent Wanson, le comédien et metteur en scène Denis Laujol découvre la légende  inouïe de Florent Mathieu, cycliste borain de l’après-guerre. Et devinez ? Denis, avant de se tourner vers le théâtre, a été cycliste de compétition figurez-vous ! Alors les courses, la douleur, le dépassement de soi, le dopage, les extases et les kilomètres de bitume… ça le connait. Il va alors mêler son histoire à celle de Florent Mathieu, un de ces anonymes du peloton qu’on appelle le porteur d’eau, celui qui se sacrifie pour le champion. Un sans grade qui deviendra cependant un véritable héros pour son village de Quaregnon, au cœur du pays minier.

Supporter du tour de France ? Passionné du Liège-Bastogne-Liège ? Amoureux de la petite reine ? Ou simplement friand d’histoires vraies ? Ce spectacle est pour vous ! Avec malice et un charme fou, Denis Laujol entremêle ces récits de deux destins si différents. Et met en scène, l’air de rien, l’héroïsme, l’échec et la réussite, la quête de l’identité. Une soirée sportive, réunissant Armstrong, Merckx et Sancho Pancha, en grande complicité avec les spectateurs. Mettez-vous dans sa roue, on vous promet une échappée belle…

voir http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=423&type=1

Ce que je ne savais pas, en revanche, c’est que ce Denis Laujol et moi avions un point commun: il est né à Agen. Et n’a pas perdu son accent. Je suis née à Bordeaux et je n’ai jamais particulièrement eu ce bel accent chantant, mais je sais reconnaître « maison » quand j’entends sonner les voyelles.

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crédit marie aurore

Denis Lejeune nous fait vivre les échecs et les succès de Florent Mathieu, qui a couru 3 fois le tour de France. Mais surtout, il nous parle des siens. Sur son vélo, il nous parle de son adolescence à chercher les succès, à tenter de croire qu’il sera un jour un champion. Les sacrifices, les tentatives, les échecs si près du but. Il nous emmène, les cuisses en feu, dans les collines du Lot-et-Garonne, si proches de celles de la Dordogne, il revient sur ces journées où le soleil est écrasant. J’ai revu les jambes grêles de mon grand oncle qui parcourait les vallées à bicyclette. Je me suis revue regardant le tour de France chez mes grands-parents, cherchant la logique de cette compétition. L’été, enfin.

« Les maillots jaunes, les bouquets, les premiers rôles… Ce sont les objectifs que la société nous impose. Nos seuls sommets se dressent dans le secret. »

Et Denis Lejeune nous interroge sur notre vision du succès: Florent Mathieu était-il un cycliste raté? Pas vraiment, avec 3 Tours de France, 3 enfants, dont aucun à la mine, et 30 ans à tenir bistrot, sa vie a été plutôt une réussite… Le bonheur des choses simples.

La simplicité d’une toute petite scène de théâtre!

Pour plus d’infos, les dates de spectacles et en savoir plus sur l’oeuvre, rendez-vous sur la page du théâtre Le Public.

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